LA LANGUE D'OC RETABLIE    par Antoine Fabre d'Olivet

DICTIONNAIRE OCCITAN- FRANÇAIS

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Antoine Fabre d'Olivet, un précurseur du Félibrige

LE TROUBADOUR

Extrait de l'AVANT PROPOS DE FABRE D'OLIVET

A l'époque où parut la première Edition de cet ouvrage j'étais encore jeune ; j'étais engagé dans la littérature légère, et je n'entrevoyais encore que de loin les études plus sérieuses qui devaient m'occuper. Je pus donc embellir un peu la source d'où je tirais les poésies oscitaniques que je publiais, et la voiler à dessein pour la rendre plus mystérieuse. Mais aujourd'hui je dois plus de sévérité à mes Ecrits, plus de franchise à mes lecteurs, surtout après avoir rétabli la langue d'Oc dans ses droits, et lui avoir donné une grammaire dont les principes reposent sur ceux même de la parole.

Ainsi quoique le roman d'Azalai's et le Gentil Aimar, que j'avais publié quelques années auparavant (1), fut bien la cause de la publication des Poésies Oscitaniques, la chose n'arriva pourtant pas exactement comme je l'ai racontée alors. Les poésies qui me furent transmises par la personne, dont j'ai caché le nom sous celui de M. Rescondut, ne se composaient que de quelques fragments informes, du poème des Amours de Rose et de Ponce de Meyrueis, alors intitulé Força d'amourz, des lettres"5">Le To, et de plusieurs pièces détachées, dont la plupart insignifiantes ou trop libres ont été supprimées même dès la première édition.

Ces poésies, dans l'état où elles étaient, auraient difficilement soutenu la critique la moins sévère, m'attachèrent néanmoins assez pour me faire concevoir l'idée d'examiner de près ce qu'avaient composé, en langue d'Oc, les anciens Troubadours. Je parcourus donc les bibliothèques publiques et particulières ; j'ouvris les manuscrits authentiques dont les gardiens ou les possesseurs voulurent bien me donner communication, et (1) Azalai's et le gentil Aimar, parut en 1799, et le Troubadour en 1803. je me convainquis alors de ce que j'ai avancé dans ma grammaire que rien de ce qui nous reste de ces Pères de la poésie moderne n'est autographe, que ce ne sont que des copies misérablement défigurées par des jongleurs ignorants ou des écrivains mercenaires qui souvent ne comprenaient pas la langue de leurs modèles, et que la première opération à faire quand on veut les lire avec quelque fruit, c'est de restituer l'orthographe, dont ils n'offrent pas la moindre trace ; ainsi que la comparaison qu'on peut faire de ces copies, avec les livres originaux des Albigeois, le prouve sans réplique.

 

"Le Troubadour"

Recueil de 12 poésies Occitanes, en majorité bilingues, avec des avant-propos et un texte dédié à sa Mère. Par rapport au texte publie en 1803, de nombreuses notes inédites sont rajoutées.

Titres de quelques unes de ces poésies :

- Chant royal Cant Rouyau au preux et noble  pèlerin de Provence.

 - La Cour d'Amour, suivi de notes sur des troubadours (Pierre Vidal, Guitraud de Borneil, Arnaud de Meruel).

- La puissance divine-La poudesta de Diu.

- Les Saisons - Lai Sazous Chant printanier, chant d'été et chant d'hiver

- Le retour d'ELYS en Provence Lou retour d'Elys en Provença. Idylle bocagère.

- "Força d'amour", , ou les amours de Rose et de Ponce de Meyrueis, poème en cinq chants. Annotation des cinq chants.

- Epitre amoureuse Argument

 - Saphoz a Phaoun Trois lettres billingues

- Notes sur les épitres amoureuses

- la petite sorcière  la pichota Masca. Pastourelle.

- L'égratignure de l'amour. L’escarougnada de l'amour. Fabliau.

- La bergère poursuivie La pastourella acoutida. Pastourelle.

- La dispute au bocage La rena. Epilogue.

 

Comme à cette époque je ne donnais au public qu'un ouvrage de pur agrément, je ne crus pas nécessaire de lui faire part de ma remarque à cet égard, et je me contentai de sourire à part moi de la plupart des traductions que Millot a faites dans son Histoire des Troubadours, voyant, à n'lume, a été outer, qu'il avait plutôt deviné que compris le sens de ses originaux, et que le plus souvent il l'avait entièrement manqué. Je fus d'abord tenté de rétablir le texte des morceaux les plus remarquables que cet écrivain a cités ; mais je sentis que je m'engagerais dans un travail beaucoup trop sérieux pour le but que je m'étais proposé. Je me contentai de faire ce qui était indispensable pour le moment, et sans me charger de distinguer les morceaux modernes des anciens, je les mêlai ensemble en intervertissant leurs dates, et laissant ainsi à la sagacité du lecteur le soin de les classer. En agissant ainsi, je fis certainement ce que Macpherson avait fait pour les Bardes du Nord, comme j'en ai été parfaitement convaincu depuis, et par mes propres observations et par les détails que m'ont fournis plusieurs Ecossais capables d'entendre et d'apprécier le langage de ceux de leurs compatriotes, appelés highlanders, qui parlent encore l'idiome antique du Morvan et d'Irin. Mon ouvrage cependant a été bien loin d'obtenir le même succès. Cela a dépendu de plusieurs circonstances, parmi lesquelles la protection intéressée que le gouvernement anglais a accordée à Ossian, pour se donner une influence poétique sur le continent, n'a pas été une des moins fortes. Mais laissons ces considérations étrangères à mon sujet, et revenons au motif qui m'a fait remanier cet ouvrage, et y ajouter une grammaire raisonnée, et un vocabulaire. Ce motif, comme je l'ai dit dans le précédent volume, a été d'empêcher un grammairien moderne de dénaturer la langue d'Oc et de la dépouiller de ses titres les plus précieux. en érigeant des fautes d'orthographe palpables, faites par des copistes ignorants, en prétendus principes à cette langue.

J'ai assez montré la source de l'erreur où est tombé cet académicien, pour devoir m'abstenir d'en parler plus longuement ici. Qu'il me suffise de dire, relativement au rang que j'ai donné aux morceaux qui composent ce recueil, que je les ai classés comme ceux qui sont entrés dans le cadre de la grammaire, suivant l'ordre des dates, en commençant par les plus anciens, et finissant par les plus récents.

Déjà j'ai signalé, en plusieurs endroits de mon premier volume, les temps désastreux, où parurent nos Troubadours, qui moins heureux que les Bardes du Nord, et s'agitant péniblement parmi les ténèbres d'un siècle de barbarie, laissent toujours entrevoir les chaînes dont ils sont enveloppés. Ainsi que je l'ai dit, l'histoire ne connaît rien de plus affreux que les deux siècles qui précédèrent en Europe la renaissance des lettres et l'apparition des premiers poètes modernes. C'était de toutes parts oppression des vassaux, parjures envers les voisins, cruautés et perfidies, brigandages continuels, rapacité et débauche. La religion, loin d'arrêter ce débordement de mœurs barbares, n'était qu'un masque spécieux, un instrument flexible dont se servaient la plupart de ses ministres ; on ne peut sans frémir feuilleter les annales obscures de ces temps malheureux, sans être révolté des abus énormes, de la scandaleuse licence, des fraudes qui déshonoraient ce culte, dont les préceptes sont si purs, dont la morale est si douce et si consolante ! La croisade contre les Albigeois, l'inquisition meurtrière qu'elle mettait en vigueur, suffisent seules pour affliger et flétrir une âme juste et sensible.

Les Troubadours, il faut le dire à leur gloire, ne parurent pas en vain au milieu de ces désordres ; ils adoucirent l'âpreté sauvage des mœurs féodales, tirèrent le peuple de son fatal engourdissement, ranimèrent les esprits, les apprirent à penser, et firent naître enfin cette aurore de lumières, dont le jour bienfaisant éclaire aujourd'hui les nations.

Il ne faut pas croire que les premiers Troubadours fussent ce qu'on s'est figuré depuis, des chanteurs fades et monotones ; ni que leurs chants roulassent tous sur des sujets langoureux ou frivoles : les plus grands personnages se faisaient honneur de ce nom ; les chevaliers, les seigneurs suzerains, les rois, les ministres des autels eux-mêmes, prenaient la plume pour instruire en amusant, et, comme l'a très bien dit leur historien (2), ils conduisaient, par des sentiers émaillés de fleurs champêtres, vers la raison et la perfection même.

Leurs vers, dictés par une vertueuse indignation, allaient frapper jus­que sous le dais, le vice oppresseur et la tyrannie féodale. Leur langage, aujourd'hui abandonné à quelques paysans du midi de la France, devint, grâce au génie naissant de la poésie, la langue chérie de la plupart des peuples de l'Europe.

Non seulement la langue d'Oc était parlée dans la Provence proprement dite, dans le Dauphiné, et généralement dans toute cette belle contrée, qui s'étend des Alpes aux Pyrénées, et que j'appelle Oscitanie, de son nom le plus antique (3), mais il était encore entendu et cultivé en Italie, en Espagne, en Angleterre et jusqu'en Allemagne : il existe des vers oscitaniques du roi de Naples Roger, du roi d'Aragon Alphonse, de Richard Coeur-de-Lion, de l'empereur Frédéric I, et même de l'infortunée Marie Stuart. Le savant Bembo, en Italie, et l'illustre Dryden, en Angleterre (4) , n'ont pas balancé à dire que la langue d'Oc qu'ils nomment provençale, à cause de la Provence où était son principal foyer, était, de toutes les langues modernes, la plus polie et qu'elle avait une grande supériorité sur toutes celles d'Occident.

Qui n'a point entendu parler des fameux parlements d'amour établis en Provence ? Qui n'a point connu les jeux floraux de Toulouse, dont le prix était la violette d'or et l'églantine ? Je ne finirais point, si je voulais rappeler toutes les autorités qui viennent à l'appui de ce que j'avance. Mon premier volume a fourni assez de preuves pour que je doive m'abstenir de le répéter ici.

(2) Dans L'histoire

 

 

 

 

 

 

 

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